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3.4. Dans le présent

FADE IN avec le Rabut d’aujourd’hui dans le lit, il pense qu’il n’irait pas. « Je ne veux pas voir ce que je ne pourrai pas empêcher, je resterai ici. J’attendrai que les gendarmes viennent me dire que c’est fini… »

En même temps le Bernard d’aujourd’hui regarde par la fenêtre dans sa maison, fusil à la main.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – Bernard dans la fenêtre

La voix de Rabut d’aujourd’hui : « qu’ils n’avaient pas de choix, qu’il n’a pas voulu discuter que dans ces cas-là on ne peut prendre du risque. Si j’avais été là, peut-être cela aurait terminé autrement… »

Cela veut dire que Rabut espère que les gendarmes vont tuer Bernard ? Puisqu’il a un fusil et dans ces cas-là les gendarmes n’ont pas d’autres choix.

L’image suivante nous montre Solange qui jette un œil sur l’horloge, elle est assise, plus de lettre dans la main, il est 4 h 47.

La voix de Rabut d’aujourd’hui : « ou alors ce serait Solange qui viendrait me dire que tout s’est bien passé et que c’est bien fait peut-être même si j’avais été là… C’était quand même un sacré bazar pour pas grand-chose. Elle dira merci. Puis elle poussera un soupir de soulagement… »

Pourquoi croit Rabut que Solange dirait que c’était un sacré bazar pour pas grand-chose ? C’était Solange qui a insisté que Bernard présente ses excuses à Saïd et à sa femme, pourquoi dirait que ce n’était pas grand-chose ce qui s’est passé ? Ici il n’y a pas de continuité dans les pensées et les intentions de Solange.

Dans les quelques minutes qui vont suivre, nous allons avoir des images avec une narration parallèle.

Image : Solange range les lettres dans leur boîte.

La voix de Rabut : « … et elle dira, c’est fini maintenant, c’est une histoire ancienne. Histoire ancienne, oui. »

Image : Solange range la boîte dans le tiroir de la commode.

La voix de Rabut : « Histoire sans importance qu’on oubliera comme les autres. »

Image : Rabut, appareil photo à la main, assis dans le noir.

Et voici l’erreur la plus drôle du film qui arrive :

Nicole entre dans la pièce, elle allume la lumière. Elle invite Rabut à venir se recoucher, il dit oui, j’arrive, Nicole sort et Rabut pense : « je n’y irai pas, non ».

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – Nicole et Rabut

Où ça ? Rabut, Rabut, le pauvre mari soumis. Nous savons bien entendu que c’est chez Bernard où Rabut ne veut pas aller mais c’est très drôle de voir qu’il est si docile qu’il n’ose même pas dire à sa femme qu’il ne veut pas retourner dans le lit auprès d’elle.

Image : Le Bernard d’aujourd’hui devant la cheminée.

La voix de Rabut : « Je ne suis pas obligé, au nom de quoi ? C’est tellement longtemps que je ne t’appelle plus cousin, ce n’est pas à cause de Reine, je ne te déteste plus pour ça ni pour le bachelier, ou pour la bagarre là-bas où tu m’as failli de tuer, rien de tout ça. Je n’irais pas parce que je ne te supporte plus. Je ne supporte plus ta présence. »

Image : Solange sort de sa maison, elle monte dans sa voiture.

La voix de Rabut : « Je ne supporte plus ce que tu es devenu. Je ne supporte plus les fantômes que tu promènes avec toi. Je ne supporte plus de te savoir là-bas, seul avec ton chien, tes souvenirs, ta haine et toutes les vieilles rancunes qui t’avaient empêché de vivre et d’aimer. »

Image : Rabut sort, Nicole l’accompagne jusqu’à la porte.

La voix de Rabut : « Et surtout je ne supporte plus de voir ce que j’aurais pu devenir si je n’avais pas accepté les choses, de vivre avec, de faire avec. »

Image : Rabut monte dans sa voiture.

La voix de Rabut : « Non, je n’irai pas, je n’irai pas chez Patou pour boire un café et ni chez personne pour m’expliquer je ne sais quoi. Je sais déjà tout ça, je sais tout. »

Image : Une voiture, on s’approche d’une ferme et on gare à proximité de la maison de Bernard. On voit à cet instant qu’on voyageait dans la voiture de Solange, derrière elle. Elle soupire.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – Solange dans sa voiture

Image : Rabut roule sur la route, il s’arrête, il regarde le lever du soleil.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – la voiture de Rabut s’arrête

Dans le film on est printemps mais dans le roman l’histoire se déroule en hiver et Rabut se glisse avec la voiture dans le fossé dont il ne peut plus sortir. Il doit attendre que quelqu’un passe par là. Ici comme il n’y a pas de neige, Rabut par la volonté du réalisateur décide tout simplement de ne pas aller chez Bernard et il s’arrête sur la route. Dans le livre Rabut prend également la décision de ne pas aller chez son cousin mais on ne sait pas s’il aurait osé réaliser cette décision sans l’aide de la neige ou pas.

La voix de Rabut : « Je pense à Solange qui doit être avec les gendarmes et qui m’attendent. Mais je n’irai pas, je resterai ici. Je bougerai le moins possible tout le temps de ma vie. J’attendrai là comme ça. Je pense à Feu-de-Bois, je pense à Bernard et Mireille quand ils dansaient ensemble, je pense à Algérie, à la mer… »

Image : Rabut regarde le soleil se lever, on voit bouger sa lumière sur lui, il allume la radio ou fait tourner une cassette, de la musique arabe.

La voix de Rabut : Je pense à Idir, je pense à Février, je pense à nos vingt ans.

De la musique arabe avec chant.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – Rabut dans sa voiture

FIN