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2.4. Au poste – vie quotidienne

La cantine du poste avec Bernard et les autres, ils boivent de la bière, Bernard boit du jus de fruit.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – Bernard boit du jus de fruit

On entend la voix de Bernard d’aujourd’hui, et on voit des images de la vie quotidienne du poste. Le Bernard d’aujourd’hui « raconte » à Solange ce qu’il a écrit, l’ennuie, les mêmes blagues. On voit la Solange d’aujourd’hui en lisant la lettre. Bernard parle de la bouffe.

Cette scène commence par Châtel qu’on voit sursauter au son du baby-foot. Ici cela n’a pas de sens puisqu’on ne sait absolument pas qui est ce garçon brun qui a peur du bruit et on ne sait pas que dans le livre cette scène se déroule après avoir fouillé un village où l’un d’eux a tué un jeune garçon et Châtel est pacifiste. Le son du baby-foot lui rappelle le son du tir qui a tué le garçon.

2.5. L’enlèvement du médecin

Le jeune Bernard en train d’être ausculté par le médecin, ils parlent de la nourriture qui est abondante mais toujours la même.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – le médecin

Le docteur lui demande s’il ne boit pas trop d’alcool, Bernard répond qu’il n’en boit jamais.

La voix de Bernard d’aujourd’hui raconte à Solange qu’il ne lui a pas écrit que le docteur a été enlevé. Les opérations qui l’ont suivi, la chasse aux fells, et qu’ils n’ont jamais rien trouvé, seulement des villages abandonnés, leur population a été déporté pour que les fells ne trouvent rien à manger.

Pendant ces paroles on voit Bernard et les soldats marcher, presque se promener dans les montagnes, dans les villages.

Ils marchent comme s’ils savaient déjà qu’ils ne trouveront rien. Et ils donnent l’impression de participer à une sortie scolaire.

Les soldats font une pause, Bernard demande comment les paysans d’ici font pousser leur blé dans une terre pareille ? Deux Algériens sont assis côte à côte, l’un lui répond que ces terres sont devenues des zones interdites et personne n’est plus ici pour le récolter. L’autre est plus hostile, il grommelle quelque chose des personnes qui crèvent de faim.

Dans le livre, ce n’est pas seulement Bernard qui parle, les garçons se discutent sur les terres et le blé.

2.6. La fouille du village

Ils trouvent un village avec des habitants, un des soldats crie avec un enfant d’à-peu-près 10 ans, il veut savoir où sont les fells, où est le père de l’enfant, où sont les armes. Dans la cour, où la scène se passe il y a un vieil homme et une vieille femme et une jeune femme, plutôt fille. Février s’approche d’elle et il commence à la harceler, un soldat lui dit d’arrêter (c’est Châtel qui sursautait au son du baby-foot) mais au lieu de ça un autre le rejoint et l’imite. Un soldat moustachu arrête Châtel. Bernard et Châtel ne font rien, le garçon essaie d’empêcher le viol, mais le soldat qui avait hurlé avec lui quelques minutes plus tôt le tue. Bernard regarde la scène.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – le garçon du village
Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – l’assassinat du garçon

Dans le livre cette scène est au début du chapitre trois, c’est la première scène de l’Algérie et c’est là où on fait la connaissance de Février. Dans le livre Février harcèle la fille mais quelqu’un lui dit de laisser tomber. Le réalisateur a déplacé et modifié cette scène, dans le livre on ne sait pas exactement pourquoi un des soldats tue le garçon, dans le film c’est parce qu’il voulait empêcher le viol.

Pourquoi il faut souligner cette modification ? Dans le roman le harcèlement de la jeune fille fait partie de la situation de base mais ici on peut interpréter comme une sorte de vengeance pour l’enlèvement du médecin (ici ils ne savent pas encore ce qui va lui arriver). Il n’y a pas d’excuses quand il s’agit d’un acte de viol ou de harcèlement mais la situation et le message sont différents.

Les circonstances sont différentes mais le film rejoint le livre dans l’absurdité du meurtre du garçon. Dans le livre, on ne sait pas pourquoi le garçon a été tué, dans le film le garçon essaie de sauver sa sœur d’être violée par plusieurs militaires, Février parmi eux. Ce n’est pas le comportement qu’on exige d’un soldat venu d’un pays civilisé.

On voit les soldats continuer à fouiller le village, il y a des hommes tués parmi les villageois. On entend la voix de Bernard d’aujourd’hui qui dit à Solange qu’il n’a pas écrit de tout ça et qu’il ne va jamais lui en parler parce qu’il n’y a pas de mots pour raconter tout ça.

Ils quittent le village laissant des morts derrière eux. Ils font une pause au bord d’un petit lac ou rivière. Il y a Châtel, à bord de l’eau, Février, le soldat qui a tué le garçon et le soldat moustachu. Bernard est à l’ombre un peu plus loin. Châtel parle au moustachu d’un village français où les nazis ont liquidé la population et demande ce qui est la différence. Le moustachu lui demande : « Tu dis que je suis un nazi ? » Châtel dit qu’ils font comme eux, mais le moustachu dit que son oncle était dans la Résistance. Châtel demande qui fait ici la résistance ? Le moustachu lui donne une gifle, une autre, défends-toi lui crie, mais Châtel se laisse faire. Le moustachu lui donne des coups de poing et il le faillit noyer dans le lac. Les autres les regardent sans rien faire, finalement on entend la voix de quelqu’un dire d’arrêter ce qui retient le moustachu et laisse Châtel étendu dans l’eau.

Voilà une différence considérable entre le film et le livre. Tout d’abord Châtel et le moustachu se bagarrent à cause de la tension qui règne parmi les soldats, ils ne disent rien et surtout dans le livre on ne dit pas nazi, ce mot ne figure nulle part dans le livre, on dit les Allemands. Dans le film les Français sont constamment comparés aux nazis, c’est la première fois mais il y aura d’autres scènes aussi.

La voix du jeune Bernard raconte que trois jours après ces événements, Châtel et un des harkis (Idir) vont se battre parce que Châtel lui dira qu’il trahissait son pays mais Idir répondra qu’il était Français et d’être soldat était un boulot comme les autres, il fallait nourrir la famille.

On voit Solange en lisant une lettre de Bernard et on a l’impression si Bernard avait écrit cette scène dans la lettre que Solange est en train de lire.

Bernard n’écrivait jamais rien sur la guerre pour cacher la vérité et les horreurs de la guerre devant Solange, comment écrire alors cette scène sans évoquer ce qui s’était passé au village ?

Bernard conclut que Châtel est un pacifiste et les pacifistes sont comme ça.

2.7. De retour au poste

Bernard est en train de prier dans la tente au poste, Châtel entre et s’installe plus loin et demande s’il veut prier ensemble. Mais Bernard lui répond non, il dit : « On ne croit pas à la même chose, tu crois au pardon, je crois au châtiment, tu crois à l’amour du Dieu et moi, je crains sa colère, tu crois que tous les hommes sont frères et moi j’en ai déjà trop etc. » 

Pendant toute cette scène Bernard range ses draps, son lit et on n’entend presque rien, après qu’il a fini avec son lit il s’approche de Châtel qui reste assis sur son lit. Bernard debout devant lui et Châtel le regard en tendant son cou.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – Châtel en tendant le cou

On ne voit pratiquement que le cou de Châtel et on ne comprend guère de ce qu’il dit parce que c’est impossible de parler en tendant le cou vers le haut.

Bernard lui dit qu’ils ne sont pas des nazis mais Châtel lui demande s’il avait déjà entendu parler du droit de peuple disposé de même. Châtel lui demande ce qu’il ferait si on l’empêchait de travailler et « si on décrétait ton village comme zone interdite. Tu ferais quoi si on t’occupait ton pays ? » Mais Bernard est ferme, il dit qu’ici c’est la France et qu’ils font leur devoir et il sort.

Châtel reste seul. On voit pour quelques secondes Châtel mort, baigné dans son sang, étendu sur son lit.

Illustration du film Des Hommes de Lucas Belvaux – Châtel baigné dans son sang

Mais le problème avec cette image, c’est qu’on ne voit Châtel que du profil et du derrière et on ne voit pas que c’est lui. Sans doute, le réalisateur voulait montrer le sort du Châtel mais même si on reconnaît le jeune pacifiste sur cette image, une question reste en suspens : pourquoi il est mort, est-ce qu’il y a un lien entre sa mort et ce qu’il vient de dire, il est mort parce qu’il prétendait que les Français étaient comme les nazis ou parce qu’il était pacifiste ? Qui l’a tué ?