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I. L’idée de chercher le contact avec l’Occident se dessine

Nous avons vu dans le chapitre précédent comment Stierlitz, le héros de cette histoire a reçu sa mission et comment il l’a réalisée avec quelques difficultés. Sa mission consistait en apprendre qui peut être derrière les prises de contact des officiers du haut rang du SS avec les représentants des occidentaux ce qui ont pour but d’entamer des négociations de paix séparée avec l’Occident. Regardons dans ce chapitre de plus près ces négociations menées par le général Wolff à Berne.

Dans cette histoire l’idée de chercher le contact et une éventuelle paix séparée avec l’Occident vient de Schellenberg qui est représenté comme une personne gardant des liens avec les pays ennemis, par exemple il tient à fumer des cigarettes américaines même après l’entrée en guerre des Etats-Unis. C’est lui qui non seulement suggère à Himmler de commencer des négociations mais il lui en parle ouvertement et prépare minutieusement l’opération en inventant différentes couvertures aussi. Et c’est lui qui après l’échec de Wolff sauve la situation et fait de Wolff un héros devant Hitler.

1. Episode 1, le 12 février

Une réunion a lieu dans le bunker à laquelle Schellenberg participe. Le discours de Hitler va lui donner l’idée de comment couvrir les négociations de Wolff : « Nous avons quelques heures pour conquérir la victoire. Ceux qui savent penser et analyser doivent répondre à ma question : une victoire rapide est-elle possible ? Je ne veux pas une réponse aveugle et catégorique. La foi aveugle ne me convient pas. Il n’y a jamais eu d’union aussi paradoxale que la coalition des alliés. Les buts de la Russie, de l’Angleterre, des Etats-Unis sont contradictoires. Ils agissent, dirigés par leurs idéologies contraires, alors que nous n’avons qu’un seul but. Les contradictions grandissent entre eux, alors que notre unité est devenue monolithique. Obtenir la fin de leur coalition par des moyens diplomatiques, ou autre, est une utopie, sinon une preuve de panique. C’est seulement en les frappant, en leur montrant que nous sommes inflexibles, et notre puissance infinie, que nous détruirons leur coalition, au son de nos armes. Je regarde les Allemands, seule notre nation peut, et doit obtenir la victoire. Tout notre pays est un camp armé. L’Allemagne, l’Autriche, la Norvège, la Hongrie et l’Italie, une grande partie du protectorat tchèque et bohème, la Danemark, la Hollande, le cœur de la civilisation européenne. Nous avons de quoi vaincre entre les mains. Il ne dépend de nous, l’armée, que de l’utiliser. (On voit Schellenberg qui écoute attentivement ce que Hitler dit.) Dès les premiers coups de nos armées, la coalition s’effondrera. »

Image de la série de Tatiana Lioznova Les 17 moments du printemps – Dans le bunker

2. Episode 1, le 12 février

Schellenberg et Himmler regardent les actualités cinématographiques, les allemandes mais aussi les actualités des pays des Alliés, selon lesquelles les troupes des alliés s’avancent, le territoire du Reich diminue. Schellenberg dit à Himmler après les actualités allemandes : « Vous avez raison, on peut encore se battre. Il est grand temps pour nous d’entamer un dialogue avec l’occident. » C’est ainsi que Schellenberg fait mention à la nécessité de chercher le contact avec les occidentaux.

Image de la série de Tatiana Lioznova Les 17 moments du printemps – Schellenberg et Himmler

II. Himmler envoie Wolff en mission

3. Episode 4, entre le 21 février et le 23 février

Nous ne savons pas ce qui s’est passé concernant une prise de contact avec l’Occident, nous ne voyons que le résultat : Wolff part en mission, Himmler fait convoquer Schellenberg et ils parlent des dangers de cette opération. Donc nous ignorons ce que Himmler a dit à Wolff, ne ne sommes témoins que de la conversation entre Himmler et Schellenberg.

Image de la série de Tatiana Lioznova Les 17 moments du printemps – Wolff part en mission

Tout d’abord, Himmler ne reconnait pas sa responsabilité, il dit : « Tout ça, c’est à cause de vous. Vous m’avez amené à faire ce pas. » Il s’inquiète également de qui va obtenir, en cas d’échec, les documents de l’action de Wolff, lui-même ou Kaltenbrunner qui les transmettra immédiatement à Bormann.

Schellenberg garde son sang-froid et propose plusieurs couvertures : « D’abord, Wolff ne doit pas parler avec Dulles en son propre nom, mais au nom du feldmarschall Kesselring, qui est son supérieur en Italie. Il est adjoint du commandant en Italie, donc hors de votre commandement. »

Image de la série de Tatiana Lioznova Les 17 moments du printemps – Schellenberg explique son plan à Himmler

Plus tard il continue son raisonnement : « Le führer dit que les Alliés sont au bord de la rupture. Donc, la rupture entre eux est une de nos tâches principales. … Donc, notre couverture, c’est que les négociations sont un bluff pour Staline. C’est ainsi que nous présenterons cela au führer en cas d’échec. »

Il faut que nous nous arrêtions un peu ici avant de continuer. Nous avons vu que Hitler disait dans le bunker que seul l’armée peut être capable de briser la coalition des Alliés, tout autre tentative, par voie diplomatique par exemple est le signe de la panique. Donc il y a une grosse erreur de logique dans le raisonnement de Schellenberg parce qu’il construit les arguments sur l’opposé de l’opinion de Hitler. C’est peut-être pour ça que dans la version hongroise le discours de Hitler est différent, il dit : « Az az elképzelés, hogy csupán diplomáciai vagy hasonló úton elősegíthetjük ellenségeink koalíciójának széthullását, hiú ábránd és mindaddig hiú ábránd marad, amíg nem tudunk közöttük pánikhangulatot kelteni. Csakis elszántságunk töretlenségének és erőnk kimeríthetetlenségének demonstrálásával siettethetjük a végét ennek a koalíciónak. » En français : « L’idée de pouvoir encourager la dissolution de la coalition de nos ennemis uniquement par voie diplomatique ou par d’autre voie semblable à cela n’est qu’une illusion et elle restera une illusion jusqu’à ce que nous ne puissions pas éveiller parmi eux une atmosphère de panique. C’est uniquement en démontrant la solidité inébranlable de notre détermination et l’infinie de nos forces que nous pouvons accélérer la fin de cette coalition. » Donc la traduction a été légèrement modifiée pour retrouver la logique de Hitler dans le raisonnement de Schellenberg mais comme c’est toujours la version originale qui fait foi, il faut analyser la version russe même si Schellenberg a apparemment mal interprété le discours de Hitler.

Schellenberg poursuit donc par les couvertures qu’il avait préparées : « Premièrement, il nous faut un homme à piéger, pas un des nôtres, pour les négociations avec l’Occident. Et ensuite, transmettre au führer les documents sur cet homme. En cas de besoin, c’est une victoire de nos services. « Nous avons contré les plans de l’ennemi », comme dit Goebbels. Deuxièmement, des milliers d’yeux vont surveiller Wolff en Suisse. Il peut se trouver parmi eux nos agents, qui enverront l’information ici. Qui recevra cette information ? Quel agent ? Le mien ou celui de Müller ? Un intellectuel compréhensif ou un fanatique ? Du genre de Kaltenbrunner ? Donc, parmi les yeux de tous ces agents, je voudrais que 4 ou 5 paires soient des nôtres. Wolff n’en saura rien. Ces agents me transmettront les informations à moi. En plus, c’est un troisième alibi. En cas d’échec, il faudra sacrifier Wolff. Les documents de sa surveillance seront notre alibi. »

La réaction de Himmler : « Le vôtre. Votre alibi. Qui voulez-vous envoyer ? » Donc il continue à rejeter toute responsabilité.

Schellenberg se contente de dire : « J’ai de bons candidats. Mais ce sont des détails que je peux régler. » Et Schellenberg pense au pasteur Schlag, qu’il veut utiliser comme appât.

III. Schellenberg fait préparer l’opération de détournement de l’attention par Stierlitz

4. Episode 4, le 23 février

Stierlitz travaille sur sa mission, reçue de Moscou et il veut se rapprocher de Himmler. Il est dans sa salle d’attente quand Schellenberg arrive et demande Stierlitz de parler d’urgence. Il veut envoyer le pasteur Schlag à Berne, et Stierlitz doit préparer l’opération. Schellenberg commence à parler de l’opération de Schlag sur le toit après avoir constaté l’exécution de ses trois adjoints.

Image de la série de Tatiana Lioznova Les 17 moments du printemps – La menace sans mot de Schellenberg

Schellenberg, après avoir menacé Stierlitz par des sous-entendus, veut montrer qu’il est très bien informé sur le pasteur pour que Stierlitz comprenne qu’il considère que le pasteur est entre ses propres mains même si c’est Stierlitz qui travaille directement avec lui : « J’ai besoin de votre pasteur. Le pasteur Schlag, c’est bien cela ? Il est en bonne santé ? Il vit toujours sous le 2, Gartenstrasse avec sa sœur et ses neveux ? » Stierlitz approuve ces informations, et Schellenberg continue : « J’ai besoin de votre pasteur. Je veux l’envoyer en Suisse. » Stierlitz ne demande pas directement le but du voyage du pasteur : « Parfait. Vous ne l’envoyez pas en vacances ? » A cette remarque Schellenberg dit enfin ce qu’il veut confier au pasteur : « Pas du tout. Il va aller y chercher la paix. »

La sirène anti-bombardement retentit et ils passent dans le bureau de Schellenberg pour continuer la conversation. Schellenberg veut tout d’abord s’assurer que le pasteur, même en Suisse restera entre ses mains : « Vous pensez que le pasteur, si nous prenons ses proches en otage, reviendra ? » Stierlitz donne une réponse qu’on peut interpréter de plusieurs façons : « Je pense qu’il reviendra certainement. » C’est-à-dire, il reviendra si ses proches sont des otages ou il reviendra même si ses proches sont en liberté ? Schellenberg continue par une question dont le message est semblable auquel Himmler lui a dit : « Vous pensez donc qu’à son retour, le pasteur Schlag ne dira pas que c’est vous qui l’avez envoyé pour entrer en contact ? » Donc, c’est Stierlitz qui envoie officiellement le pasteur à Berne pour chercher la paix, ce n’est pas lui, c’est Stierlitz qui en est responsable. Schellenberg rejette la responsabilité de l’opération à Stierlitz, comme Himmler la lui a rejeté. Mais avec sa réponse Stierlitz reste un peu dehors des jeux de Schellenberg : « Cela dépend de qui l’interroge. »

Image de la série de Tatiana Lioznova Les 17 moments du printemps – Schellenberg veut sacrifier le pasteur

Schellenberg dessine cruellement l’avenir du pasteur : « Cela serait bien que vous ayez garder des bandes de ses discussions, et que lui-même casse sa pipe lors d’un bombardement. » Mais Stierlitz demande seulement d’être autorisé à bien faire tourner cette idée dans sa tête pour pouvoir proposer quelque chose le soir même. Schellenberg accepte.

Stierlitz veut quand même s’informer si Schellenberg agît seul ou il est soutenu par son chef : « Le Reichsführer n’est pas au courant de votre idée d’aller chercher la paix ? » Avec cette question il rejette la responsabilité de l’opération sur Schellenberg : « votre idée ». Schellenberg donne une réponse évasive : « Non. Disons que non. C’est clair ? » Après un court « tout à fait » de la part de Stierlitz Schellenberg conclue cette conversation avec sa gentillesse habituelle, gentillesse qui cache bien sûr des menaces : « Je suis heureux que vous compreniez tout si exactement. J’apprécie de travailler avec vous, Stierlitz. »

Image de la série de Tatiana Lioznova Les 17 moments du printemps – Stierlitz voudrait savoir si Himmler est appliqué dans la mission du pasteur