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2. Les deux méchants de l’histoire, et le troisième

Leur entourage

Il est vrai que le sujet principal de notre analyse est le parcours de Harry Hart, sa mort et sa résurrection mais il nous est impossible de passer à côté du phénomène des méchants, présents dans les deux films.

Il y a des similitudes et des dissimilitudes entre ces deux personnages. Valentine fait partie de la société, il est un homme connu qui peut se déplacer librement partout dans le monde, mais il a des activités clandestines aussi, des activités secrètes. Et ces activités secrètes nécessitent avoir un lieu sûr et secret, il a donc construit un bunker dans l’intérieur d’une montagne. Poppy par contre n’a pas le droit d’être présente ouvertement et librement dans la société, elle a choisi une activité illégale, donc elle doit se cacher au milieu d’une jungle intense.

Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Le bunker de Valentine avec son bureau au dessus de tout le monde
Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Poppy Land, le village de Poppy

Valentine, Poppy et le Kingsman ont un point commun parce qu’ils se cachent entièrement ou partiellement pour mener une activité clandestine. Nous connaissons déjà ce phénomène de la littérature française, il y a par exemple deux héros qui quittent la société pour construire un monde meilleur : le capitaine Nemo et Mathias Sandorf. Mais est-ce qu’ils avaient raison ? Pourquoi cacher quelque chose qui serait bénéfique pour la société ? Dans ces histoires Valentine cache son activité de « sauveur » (en réalité c’est une activité d’assassin en masse), Kingsman cache son activité de renseignement et Poppy se cache complètement.

Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Le bunker du Kingsman sous le manoir

Dans l’entourage immédiat de Valentine se trouve son homme ou plutôt sa « femme » de confiance et en même temps gare du corps : Gazelle qui est une véritable tueuse en série sans scrupule. L’homme de confiance de Poppy n’est autre que Charlie qui n’est peut-être pas si cruel que Gazelle parce que Gazelle tue pour le plaisir. Charlie tue pour se venger ou quand il le juge nécessaire comme quand il fait sauter le dépôt d’antidotes de Poppy parce que le Kingsman a déjà pris connaissance de son existence, mais l’idée ne lui vient pas à l’esprit d’évacuer les gens qui se trouvent là-bas.

Ces hommes de confiance ont un deuxième rôle auprès de leur patron : c’est d’affermir leur chef dans leur foi, dans leur intention d’éliminer toute ou une partie de la population. Gazelle et Charlie remplissent ce rôle auprès de Valentine et de Poppy, et l’officier le fait auprès du président fictif des Etats-Unis.

Aux côtés de Poppy on retrouve des robots, deux chiens robots par exemple, Benny et Jet en lesquels Poppy a confiance et qu’elle utilise pour éliminer tous ceux qui ne lui plaisent pas pour une raison ou pour une autre. De cette façon ils représentent la cruauté de Poppy, cette méchante qui n’a pas de force physique, les robots tuent à sa place.

Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Bennie et Jet, les deux animaux de compagnie de Poppy

Leur objectif

Nous continuons la comparaison des deux méchants en soulignant qu’il y a une très grande différence entre ces deux personnages : Poppy a des objectifs personnels, elle veut devenir libre, elle veut de la gloire et le chantage qu’elle a préparée menace une partie de la société. Valentine a de plus grands objectifs, des objectifs qui détermineraient l’avenir de toute l’humanité et de toute la planète, il veut influencer le destin de l’humanité.

Ils sont tous les deux mégalomanes mais la différence est dans le fait que Poppy montre des signes évidents des troubles mentaux, mais Valentine paraît plus sobre et il est persuadé que tout ce qu’il fait est bon pour la planète. Mais il ne voit pas que ses agissements n’ont rien à voir avec un sauvetage : il se croit le grand sauveur de l’humanité et pour y arriver il s’apprête à attaquer l’humanité dans le dos. Il ne voit pas qu’il est un simple assassin. Quand il tue Harry et il se sent mal, Gazelle est surprise, pourquoi il est si choqué puisqu’il vient de tuer plusieurs personnes dans l’église. Valentine répond que ce n’était pas lui, ils se sont entretués. Mais Valentine est tord, c’est lui qui les a tué en déclenchant l’émission des ondes neurologiques.

Poppy est un simple maître chanteur qui veut manipuler le déroulement des événements pour atteindre un but personnel et devenir une femme d’affaires célèbre.

Valentine par contre veut jouer le rôle du Dieu, avec majuscule. Il veut créer une nouvelle société, il veut choisir qui peut survivre, qui doit mourir pour diminuer la population. Il ne respecte ni l’individu, ni l’humanité.

Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Valentine se prend pour Dieu

Deux objectifs différents, deux flux d’informations différents. Dans le premier épisode l’humanité n’est pas au courant du danger tandis que dans le deuxième ils sont partiellement au courant. Poppy a tout expliqué dans un message publique mais l’humanité n’est pas au courant du plan du président qui met en danger les malades. Seulement Mme Fox, l’officier et les agents Statesman connaissent les intentions du président. L’humanité sera mise au courant plus tard quand le président sera arrêté pour ce qu’il a planifié.

Le mode de pensée de Valentine et du président fictif

Valentine dit :

« Quand on a un virus, on a de la fièvre. C’est le corps humain qui augmente sa température centrale pour tuer le vilain virus. La planète Terre fonctionne de la même manière. Le réchauffement climatique est la fièvre. L’humanité est le vilain virus. Notre planète est malade à cause de nous. Une sélection est notre unique espoir. Si nous ne réduisons pas la population nous-même, il n’y aura pas 150 milles scénarios. La Terre détruira le virus ou le virus détruira la Terre. »

Qualifier l’humanité comme virus n’est pas une nouveauté dans l’univers du cinéma, il y a plus de 20 ans on a pu entendre de la bouche de l’agent Smith les réflexions suivantes :

« Je souhaiterais vous faire part d’une révélation surprenante. J’ai longtemps observé les humains et ce qui m’est apparu quand j’ai tenté de qualifier votre espèce, c’est que vous n’étiez pas réellement des mammifères. Tous les mammifères sur cette planète ont contribué au développement naturel d’un équilibre avec le reste de leur environnement. Mais vous, les humains, vous êtes différents. Vous vous installez quelque part et vous vous multipliez. Vous vous multipliez jusqu’à ce que toutes vos ressources naturelles soient épuisées et votre seul espoir de réussir à survivre c’est de vous déplacer jusqu’à un autre endroit. Il y a d’autres organismes sur cette planète qui ont adopté cette méthode. Vous savez lesquelles ? Les virus. Les humains sont une maladie contagieuse. Le cancer de cette planète, vous êtes la peste… »

Il faut examiner le côté philosophique de ce phénomène quand l’humanité est méprisée et mise au niveau d’un virus. Un virus qui ne fait que détruire ce qu’il touche et qui n’est même pas capable de rester en vie tout seul, il a besoin d’un corps pour survivre. L’homme est doté d’intelligence, il est capable de créer et construire beaucoup de choses, il est capable de réfléchir et avancer. Il est le plus complexe de tous les êtres vivants, il a comme mission de prendre soin de la Terre et des êtres vivants qui y habitent. Le corps humain est si complexe et son fonctionnement est si compliqué que même avec la technologie moderne la médecine n’arrive pas à tout connaître sur sa construction, sur son fonctionnement et sur les processus qui se déroulent dans son intérieur quotidiennement. Alors d’où vient ce mépris ? Si on méprise l’homme, on peut tout faire avec, non ? Si on le traite comme un virus, son corps peut être manipulé, l’homme peut être priver de toute possibilité de survie, il peut être écarté de toute décision lui concernant, et finalement il peut être massacré.

Et dans cette partie de notre article nous voudrions partager avec vous notre point de vue sur ce sujet ou plutôt sur le processus qui a permis qu’une telle philosophie apparaisse et gagne du terrain. Au début de notre Histoire les hommes ont pensé qu’ils ont été créés par un être plus puissant qu’eux. On peut trouver des différentes histoires sur la création de la Terre et de l’homme dans toutes les cultures de tous les peuples partout dans le monde. L’histoire la plus connue mondialement qui parle de la Création est celle qui se trouve dans la Bible qui s’est fait remarquer par son monothéisme.

Si on observe l’histoire de la Création, on voit que Dieu a créé l’homme en lui donnant les meilleurs de soi-même et en le mettant à la tête de tout être vivant. Il lui a montré la Terre et les animaux ce qui signifie qu’il l’a instruit pour qu’il puisse accomplir sa tâche : surveiller la Terre, la diriger ou plutôt la gérer, parce qu’il ne faut pas oublier que le maître du monde reste son Créateur avec majuscule. Et dans cette histoire on voit bien que l’homme est le chef-d’œuvre du Dieu, le plus intelligent de tous les êtres vivants mais qui a la plus grande responsabilité également.

Et voici un élément très important concernant le pouvoir et les devoirs de l’homme. Son pouvoir n’est pas infini, et ses devoirs, il les a reçus du Dieu et il doit les accomplir.

On peut déduire de l’histoire de la Création que l’homme a été placé sur la Terre pour un but déterminé, mais depuis à-peu-près 160 ans une autre philosophie commençait à circuler parmi les intellectuels. Une philosophie qui suggérait que l’homme n’aurait pas été créé par un être supérieur mais il se serait formé de manière aléatoire à partir d’un organisme unicellulaire et sa formation l’a conduit à travers de presque tous les animaux, y compris les anthropoïdes qui sont considérés par cette philosophie comme les ancêtres directs de l’homme.

Cela donne une certaine liberté à l’homme parce qu’il ne devra plus rendre compte de ce qu’il a fait. Donc avec cette philosophie il est désormais libre à faire ce qu’il veut avec les autres êtres vivants, les autres hommes inclus, et il ne doit plus suivre les règles, parce que selon cette philosophie les règles n’existent plus. S’il n’y a pas de Créateur, il n’y a plus de règles. Et de toute façon, l’homme vient d’un organisme unicellulaire, il peut être dégradé au niveau d’un virus sans conséquences. Et s’il y a encore sur cette Terre des personnes qui croient vraiment dans la Création et dans l’existence du Dieu et qui sont capables d’assumer les responsabilités reçues du Dieu, ils seront choqués parce que si l’homme, le chef-d’œuvre du Dieu est humilié et dégradé au niveau d’un virus, son créateur est aussi humilié avec lui.

Donc c’était notre réflexion sur ce phénomène, sur ce mépris vis-à-vis de l’homme, parce que nous trouvons que le respect est sur le point de disparaître de notre société, le respect envers l’homme. On respecte les animaux, on fait des lois pour les protéger, on crée des refuges pour les accueillir et les mettre en adoption et on laisse les personnes mourir dans les rues. Les scientifiques se permettent de modifier la génétique de l’homme et de jouer avec le corps humain en pensant que le monde n’a pas de maître qui jugerait leurs actes. Cette philosophie offre une fausse liberté puisque chaque acte a des conséquences qu’il faut assumer.

Donc Valentine se sent autorisé « d’améliorer » les propos de l’agent Smith et il apporte une « solution » macabre : que les gens s’entretuent et les survivants continuent leur vie sous la « protection » de Valentine, dépendants complètement de lui.

Nous avons déjà vu dans notre histoire du XXe siècle des dirigeants qui ont sélectionné quelle personne est l’utile pour la société et quelle personne ne l’est pas et ceux qui ont été déclarés inutiles ont été dirigés dans des camps et ils ont été tués en masse. Ces dirigeants ont été jugés et exécutés après leur chute et après la chute de leur régime.

L’homme qui se comporte de manière très semblable dans le deuxième épisode n’est pas Poppy, mais le président fictif des États-Unis, qui décide de laisser mourir les personnes qui ont été contaminés par le virus créé dans les laboratoires de Poppy. Il ne veut rien faire pour les sauver parce qu’il a décidé que la société n’a plus besoin d’eux. Il réfléchit en masse, en chiffre, il ne réfléchit pas en individu. Pourtant, toute personne est différente, toute personne est unique, personne ne peut remplacer l’autre. La situation présentée dans ce deuxième épisode est très inquiétante parce que l’homme qui la génère est une personne qui a été élue par les citoyens (même si le système de vote aux États-Unis diffère de celui établi en France), et le président a été élu pour non seulement représenter les gens mais aussi pour les protéger de tout le mal qui pourrait leur arriver. Et au lieu de ça, il les abandonne, il les laisse à leur sort. Avec ce comportement il rompt le contrat qu’il a « signé » avec le peuple de son pays, avec tous les membres de la société. Les hommes politiques ont la tendance d’oublier qu’ils ont signé un contrat de travail avec les gens, et il faut servir leur pays et le peuple. Ils ont du pouvoir mais seulement pour remplir leur contrat et non pas pour abuser de ceux qui les ont placés à ces postes. Dans une démocratie aucun chef d’État ne possède pas la population.

Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Les masses s’entretuent
Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Les masses sont placées dans des cages

Mais avant de continuer avec l’analyse des méchants, il faut examiner cette situation d’un autre point de vue aussi, parce qu’il faut voir que ce sont les malades qu’ils se mettent en danger, parce que consommer de la drogue est clairement un acte irresponsable pour soi-même et pour les autres. Combien de personnes ont déjà péri sur cette route ? En tout cas dans le film cette maladie leur sert de leçon parce que la première phrase que le copain d’Eggsy dit après son rétablissement est une réaction très intéressante : « plus jamais je ne toucherai pas cette merde ». Qu’il soit ainsi et Poppy a perdu pour toujours.

Le sort des méchants

Ces trois méchants de ces deux films vont connaître de sorts différents : Valentine sera tuée par Eggsy, Poppy va mourir à cause de son propre produit et le président fictif va être conduit devant le tribunal où il sera sans doute jugé.

Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : La mort de Valentine
Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Poppy est morte
Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Le président fictif est menotté

Tous les deux films proposent un détournement de situation très intéressant. Dans le premier épisode toutes les personnes qui étaient choisies par Valentine pour survivre l’apocalypse causée par lui-même meurent et les personnes qu’ils devaient s’entretuer survivent. Dans le deuxième épisode, Poppy meurt de la même façon que ses victimes, et le président fictif qui voulait jouer le juge en condamnant toutes les personnes toxicomanes à une mort atroce, il va être jugé et condamné bientôt, c’est ce que la fin du film laisse penser.

Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Les élues meurent
Illustration du film Kingsman de Matthew Vaughn : Les malades condamnés à mort vont vivre